radio hip - LES CHRONIQUES DU CHEVAL
Nous sommes tous héritiers du Cheval - épisode 1
Contre toute attente, sans le Cheval, la civilisation ne serait pas ce qu’elle est devenue. Notre monde fut créé … à Cheval. Nous l’avons partiellement oublié, tant, aujourd’hui, le commun des piétons ne le croise que rarement. Toutefois, au milieu du XXè siècle encore, les Chevaux faisaient fonctionner les sociétés du Monde entier : on transportait et se déplaçait à Cheval, labourait les champs et faisait la guerre en grande partie à Cheval. La circulation du savoir, celle des semences tout autant.
La relation des humains avec les équidés est si forte que l’on s’interroge depuis longtemps sur ce qui nous lie à ce que Buffon qualifiait de « plus noble conquête de l’Homme ». Les chercheurs ont successivement attribué la domestication des Chevaux aux Botaïs, des chasseurs de chevaux sédentaires des steppes du Kazakhstan, puis aux Yamnayas, des éleveurs issus de la steppe pontique - entre Caucase et Oural -, en tout cas à certaines des populations qui y vivaient entre l’âge du cuivre (7500 à 2900 avant le présent) et l’âge du bronze (2900 à 950 avant le présent). L’équitation, pensaient-ils, expliquait la conquête par les Yamnayas de vastes régions de l’Eurasie, dont l’Europe, où ce peuple aurait non seulement massivement apporté des gènes, mais aussi introduit les langues indo-européennes.
Puis, une série de découvertes a remis cette vision ancienne en question, incitant à réviser quand et comment les Chevaux domestiques se sont répandus dans tout l’ancien Monde, c’est-à-dire en Eurasie et en Afrique. Ces avancées archéologiques et génétiques ont radicalement changé la façon dont nous appréhendons le rôle des Chevaux dans les sociétés qui en ont tiré parti, et elles ouvrent de nouveaux aperçus sur le passé, lesquels ont des implications sur la préservation des derniers Chevaux sauvages des steppes eurasiennes.
Le genre Equus regroupe les équidés modernes, autrement dit les Chevaux, les ânes, les zèbres, les onagres et d’autres formes disparues ; Originaire d’Amérique du Nord, il s’est répandu dans tout l’ancien Monde pendant le Pléistocène (2,58 millions d’années à 11700 avant le présent) en traversant le pont terrestre formé à la place du détroit de Béring lors des glaciations.
Dès qu’ils le pouvaient, les chasseurs paléolithiques chassaient des Chevaux, comme l’illustre bien le site de Schöningen, en Allemagne, où au sein de sédiments humides, on a retrouvé des sagaies de bois intactes et les os des Chevaux qu’elles servirent à abattre il y a quelque 300000 ans.
Les chasseurs-cueilleurs sapiens aussi chassèrent volontiers des Chevaux lorsqu’ils investirent les steppes eurasiatiques pendant le Paléolithique supérieur (50000 à 11700 avant le présent). Ces très bons observateurs des animaux - leur survie en dépendait - ont souvent représenté des Chevaux sur les parois des grottes ornées. Ce fut par exemple le cas il y a environ 30000 ans sur les parois de la fameuse grotte Chauvet, en Ardèche, ou encore il y a 21000 ans sur celles de la grotte de Lascaux, cette fois-ci en Dordogne, toujours en France.
La restitution complète de la transition entre la proie Equus caballus et le Cheval domestique - que nous élevons, gardons, trayons et montons - reste un défi. Les préhistoriens ne disposent que de peu de textes et d’images documentant l’évolution des relations entre humains et Chevaux, et ceux-ci datent de bien après la domestication. Cela est particulièrement vrai dans la steppe froide d’Eurasie - qui s’étend de l’Europe au Pacifique -, où vivaient les premiers éleveurs de Chevaux. Très mobiles, les habitants des steppes déplaçaient leurs troupeaux au gré des saisons, ce qui n’a laissé que de menues traces archéologiques, souvent difficiles à interpréter. C’est pourquoi les ossements anciens de Chevaux, constituent l’une de nos principales sources d’informations sur les débuts de la domestication.
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We are all heirs of the Horse
Against all odds, without the horse, civilization would not be what it is today. Our world was created… on horseback. We have partially forgotten this, as today the average pedestrian rarely encounters one. However, even in the mid-20th century, horses kept societies around the world running: people transported goods and traveled on horseback, plowed fields, and waged war largely on horseback. The circulation of knowledge and seeds was equally important. The relationship between humans and equines is so strong that we have long wondered what binds us to what Buffon called "Man's noblest conquest." Researchers initially attributed the domestication of horses to the Botai, sedentary horse hunters of the Kazakh steppes, and then to the Yamnaya, herders from the Pontic steppe—between the Caucasus and the Ural Mountains—or at least to some of the populations who lived there between the Copper Age (7500 to 2900 BCE) and the Bronze Age (2900 to 950 BCE). Horsemanship, they believed, explained the Yamnaya conquest of vast regions of Eurasia, including Europe, where this people not only contributed a significant number of genes but also introduced Indo-European languages. However, a series of discoveries has challenged this long-held view, prompting a reassessment of when and how domesticated horses spread throughout the Old World, that is, across Eurasia and Africa. These archaeological and genetic advances have radically changed our understanding of the role of horses in the societies that benefited from them, and they are opening new insights into the past, which have implications for the preservation of the last wild horses of the Eurasian steppes. The genus Equus includes modern equids, namely horses, donkeys, zebras, onagers, and other extinct forms; originating in North America, it spread throughout the Old World during the Pleistocene (2.58 million to 11,700 years ago) by crossing the land bridge formed in place of the Bering Strait during the ice ages. Whenever possible, Paleolithic hunters hunted horses, as clearly illustrated by the Schöningen site in Germany, where intact wooden spears and the bones of the horses they were used to kill some 300,000 years ago have been found in damp sediments. Homo sapiens hunter-gatherers also readily hunted horses when they settled the Eurasian steppes during the Upper Paleolithic period (50,000 to 11,700 years ago). These keen observers of animals—their survival depended on it—often depicted horses on the walls of decorated caves. This was the case, for example, around 30,000 years ago on the walls of the famous Chauvet Cave in the Ardèche region of France, and again 21,000 years ago on those of the Lascaux Cave, this time in the Dordogne region, also in France. A complete reconstruction of the transition from the wild horse (Equus caballus) to the domesticated horse—the one we raise, herd, milk, and ride—remains a challenge. Prehistorians have only a few texts and images documenting the evolution of the relationship between humans and horses, and these date from well after domestication. This is particularly true in the cold Eurasian steppe—which stretches from Europe to the Pacific—where the first horse herders lived. Highly mobile, the steppe inhabitants moved their herds according to the seasons, leaving only small archaeological traces, often difficult to interpret. This is why ancient horse bones constitute one of our main sources of information on the beginnings of domestication.

